Ce soir là, tout semblait s'éteindre, doucement, mais rappelait la vérité aux paupières parsemées de larmes de la mortelle. Espoir. Le mot qui a résonné entre ses tempes, au fin fond de son âme, comme une porte ouverte vers un lendemain différent. Ichoreuses et profondes, les plaies de son c½ur déjà fragilisé par la solitude, se contentent de suinter inlassablement, faisant remonter à ses lèvres le goût âcre et amer de la réalité, qu'elle avait cru perdre au profit d'un miel sucré et délicieux. Ne sachant si elle devait ou non lever le regard face à Veragän, Louisa se contentait de garder le silence, restant muette, car encore tremblante, comme une branche de roseau exposée au souffle vengeur du vent. Et ces paroles, que veulent-elles dire, comment les prendre, comment y répondre ?
Jamais plus son âme ne se mettra à nu comme elle l'a fait... Euphorie et délice des premiers instants partagés s'envolent au fur et à mesure, eux qui se sont ancrés dans la chair de Louisa, plus profondément que la blessure de la moindre lame vengeresse.
Soudainement, dans un geste maladroit, elle agrippe la chaîne qui pend au cou de Veragän, emprisonnant entre ses doigts fragiles le pendentif. Un croissant de lune forgé dans le métal, bijou aux courbes sobres et épurées. l'Illusionniste n'ébauche plus le moindre mouvement, seules ses mains soutiennent les épaules de la jeune femme, en attente d'une réponse... Shakespeare créait jadis une réplique semblable, celle d'un homme en proie aux doutes, aux craintes, aux peurs.
Veragän, sous ton voile terne d'indifférence, prends tu l'ampleur des mots que tu prononces de ta voix vide ? Elle, qui a cru retrouver entre tes lèvres tendues vers sa chair, un semblant de sincérité, retombe sans échappatoire dans le gouffre qu'elle croyait avoir quitté. N'écoutant que son âme, elle a tendu la main vers des horizons qu'elle pensait meilleurs... Un instant empli de détresse occulte l'espace d'un moment le passé.
Tenté, on a voulu gravir doucement la tige d'une rose, apercevant au loin les sublimes couleurs de ses pétales, humant ses multiples senteurs... Et on s'écorche les paumes à ses épines, à l'océan de ronces qui bordent ses racines.
Donnant à sa main le peu d'énergie qu'il lui reste, Louisa tire violemment sur le collier, sans briser le contact intense et glacé de leurs regards. Immédiatement, il cède et craque dans un bruit sec, pendant en partie entre ses doigts refermés, telles les serres d'un oiseau carnassier. Ruisselant le long de sa joue, une dernière larme parcours la courbe de sa joue, avant que la mortelle n'entrouvre ses lèvres. Elle murmure, d'une voix faible :
- Que t'importe mon choix, après tout ? Une étincelle semblable à celle que tu as éveillé en moi, il n'y en aura probablement plus jamais... Elle m'a redonné vie, quand je croyais mourir... Jamais plus... Envolée...
Mutilant son âme comme le poignard d'antan, Louisa tentait de mettre des mots sur ses peines, mais ne s'échappaient de ses lèvres que de vagues paroles, articulées sur une mélodie funèbre, celle de sa voix encore teintée des soubresauts irréguliers de ses pleurs. Elle voulu se lever pour quitter le regard du Caïnite, qui la troublait et la fragilisait encore plus : ses yeux lui reflétaient des instants perdus, nostalgie élégiaque du passé. Nue, transie par la chimère du froid que lui procurait le manque de sang, la femme, reprenant quelques gouttes de son estime, releva la tête et laissa quelques mots quitter ces lèvres :
- Veragän... Achève moi de ton regard ou de tes mains sanglantes... ou laisse moi la, ferme la porte derrière toi.
Ignition cardiaque, au rythme de sa respiration s'envolent les derniers désirs, et brûlent au contact de l'air... Si tu le désires, annihile moi, pense-t-elle ; mais ne m'accuse pas de mentir.